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Photo : Rozenn Quéré

Et encore t’as rien vu !

(W/Anne Thuot, Claire Olirencia Deville, Naïma’l-Nour Mzé Hamadi, Anne-Cécile Massoni)

L’histoire de Naïma se passe aujourd’hui, dans une ville, peut-être Bruxelles. Il pleut souvent et les pics de chaleur sont des phénomènes habituels, d’autres sont plus surprenants… Un mur mi-végétal mi-béton a poussé et créé des zones, les pannes d’électricité s’y multiplient, des objets flottent ou disparaissent. C’est irrespirable.

Naïma se débrouille seule. Elle apprend les plantes comestibles, écoute les nouvelles à la radio locale, s’occupe d’une poule. Mais elle glisse dans une autre dimension. C’est sensible, la rencontre avec une fantôme. Elle s’éveille un tee-shirt à la main, celui d’une personne aimée? Elle écoute, lui parle, entend les renards. Et encore t’as rien vu!

Photo : Emilie Sfez

BAQÂ – Ce qui demeure après la brûlure

(W/Yousra Dahry & Cathy Min Jung)

Comment une femme raconte-t-elle la violence qu’elle a traversée, lorsque son nom, son visage, sa foi — tout en elle — précède sa propre parole ?

Elle parle. Mais déjà, sa voix glisse ailleurs. Elle est reprise, déplacée, chargée de ce qu’elle n’a pas dit. On la regarde avant de l’entendre. On la situe avant de l’écouter. Son histoire intime devient un terrain disputé. Dehors, ses mots peuvent être saisis, durcis, brandis contre les siens. Dedans, ils peuvent fissurer, déranger, inquiéter — comme si dire la douleur revenait à exposer ce qui devrait rester tu. Entre ces deux espaces, sa parole vacille. Où déposer ce qui brûle ? À qui confier ce qui n’appartient qu’à elle ?

Alors elle cherche un lieu. Un lieu où la parole ne soit ni capturée, ni jugée, ni récupérée. Un lieu où elle puisse se tenir, entière. Raconter cette histoire, c’est faire du théâtre un espace de reconquête. C’est prendre dans les mains ce qui a blessé, et le transformer. Faire de la brûlure une clarté. Du silence, une matière vivante. Et, dans l’obscurité des discours stigmatisants, allumer une voix qui n’appartient qu’à elle.

MOTHER

(W/Teona Strugar Mitevska)

Musique : Magali-Azul Gruselle, Flemming Nordkrog

Calcutta, 1948. Teresa, Mère Supérieure du couvent des soeurs de Lorette, attend la lettre qui lui permettra enfin de quitter son monastère et de créer son nouvel ordre pour répondre à l’appel qu’elle a reçu de Dieu et consacrer sa vie aux pauvres, aux malades et aux mourants. Alors que tout semble prêt, elle se retrouve confrontée à un dilemme qui questionne ses propres ambitions et sa foi à un tournant majeur de sa vie.

Photo : Cici Olsson

MAISON CHAOS

(W/Joëlle Sambi)

Autrice, poétesse, slameuse, afroféministe, activiste LGBTQIA+, exilée permanente, Joëlle Sambi est l’une des figures les plus engagées de la scène actuelle. Sa nouvelle création, Maison chaos, fait appel à des formes aussi diverses que le slam, le chant lyrique, la musique électronique, la vidéo et le son.

C’est un spectacle tissé de poésie engagée qui raconte les chemins que l’on emprunte pour échapper à la violence. Celle qui pousse à se recroqueviller sur une mémoire douloureuse, ou à se réfugier ailleurs. À prendre la route pour fuir ses démons intérieurs. À écouter les rides de nos corps tourmentés.

PAUVRE FILLE !

(W/Julie Lombe)

Dans cette nouvelle création, Julie Lombe incarne un fonctionnaire fantasque qui invite à régler une série d’impôts hauts en couleur, aussi obligatoires qu’injustes. Taxes rose, rouge, bleue, blanche… Elle parle cash du travail gratuit, des bas salaires, des dépenses genrées, de violence économique, de patrimoine et de morale. Alors qu’un chemin d’appauvrissement se dessine, entre les guichets naissent des poésies slams qui questionnent un sujet tabou : l’argent. Sur une création sonore de Sara Machine, la pièce rebondit du MLF à Margaret Thatcher et de Simone de Beauvoir à Beyoncé, dans un récit social d’émancipation financière aussi féroce que drôle.

Photo : Margot Briand

ANGLES MORTS

(W/Joëlle Sambi)

Pour avancer, il faut bondir sur le ring, se battre, prendre des coups, les encaisser, les esquiver, perdre et gagner. Portée par les rythmes électro pulsants de Sara Machine et les mouvements acérés de Kenza Deba, Joëlle Sambi monte sur scène avec la meute des siennes. Ensemble, elles rendent coup sur coup, fendent les jougs et tentent de faire maison.

Avec Angles Morts, l’autrice et performeuse explore les recoins des existences à la marge. Dans ce spectacle-ritournelle, ce mantra incessant, cette lutte en continue, les voix étouffées résonnent et trouvent écho. La scène devient alors un espace vibrant entre luttes et euphorie militante, où les corps s’expriment avec une ferveur contagieuse.

Photo : Lara Herbinia

CAILLASSES LIVE

(W/Joëlle Sambi)

Dire les marges aux rythmes du slam et des beats électroniques, en extraire la beauté, le vacarme et les rages qui y suintent. « Caillasses Live » est un récital poétique, électrique et saphique tiré du livre éponyme. Un femmage politique qui fait grincer les dents parfois, fait vibrer les corps aussi et réchauffe les cœurs assurément. 

Avec son recueil de poésie, Joëlle Sambi tisse une étoffe. Elle assure la protection des vivants et le passage des mots. Une plume affilée, aussi profonde et pleine que la forêt équatoriale. Tel un manifeste poético-politique, elle y déploie les cicatrices d’un corps-âme mâtiné de violences raciales, sexistes et homophobes. Sa langue se pare de mille éclairs afin de partager les raisins mûrs de la colère. C’est tout cela qu’elle porte sur scène, à la rencontre de l’univers musical de Sara Machine.